Vers une reconversion professionnelle réussie...

Revue Limite : C’est quoi ce travail ?

Avis : avis_quatre_et_demi

Quelques mots sur la revue et ses auteurs

Une fois n’est pas coutume, notre fiche de lecture n’est pas un ouvrage mais une revue… et plus particulièrement la revue d’écologie intégrale "Limite", dont le numéro 4 s’intitule :
« C’est quoi ce travail ? ».

Mais pourquoi donc une revue d’écologie intégrale s’intéresse à ce grand sujet qu’est le travail ?

Sans doute parce que l’écologie dont ils se revendiquent justement est intégrale. Elle prend en compte l’environnement bien sûr sur lequel le travail de l’homme peut avoir un effet positif ou négatif, mais aussi l’homme lui-même. L’homme qui travaille ou l’homme qui souffre de ne pas travailler, l’homme qui s’épanouit (tel cet apprenti bottier qui témoigne p.13) ou l’homme qui souffre d’un travail vide de sens.

La diversité des profils qui participent à ce dossier sur le travail participe à la richesse et la diversité des points de vue. Du mécanicien-philosophe Matthew B. Crawford que nos plus fidèles lecteurs connaissent bien à l’anthropologue David Graeber dont nous avions évoqué les réflexions ici-même, en passant par divers professeurs de philosophie, de lettres ou d’économie ou encore de journalistes de la revue, tous présentent une perspective sur le monde du travail original.

Citation inspirante

Je pense qu'un bon travail se caractérise par la marge qu'il laisse pour progresser en compétences et en compréhension. [...] Une autre caractéristique d'un travail de qualité est la capacité à mesurer l'effet direct de ce travail dans et sur le monde, et de voir que ces effets sont bons.
Matthew B. Crawford interviewé par Eugénie Bastié

Ce qu’on peut en retirer pour une reconversion

Une reconversion c’est l’occasion de repenser son rapport au travail : qu’est-ce que j’en attends ? A quoi ai-je envie de contribuer ? Et d’ailleurs, un travail pour quoi faire ?

Une lecture aussi dense que le dossier de ce numéro 4 ne peut qu’aider à identifier les schémas que l’on souhaite reproduire mais aussi tous ceux desquels on préfère s’éloigner. A l’exception du témoignage de l’apprenti bottier, ils ne nous livrent pas d’exemple en modèle. Si l’inspiration vient (et elle vient !) à la lecture de ces pages, c’est plus de la réflexion qu’elles suscitent que des exemples évoqués.

Ce que l’on a moins aimé

Comme souvent après ce type de lectures, on a toujours un peu le sentiment qu’il n’y a point de salut dans les activités « de bureaux » et que la solution est à chercher du côté des activités manuelles qu’elles se fassent dans les champs ou dans les ateliers de mécanique, ou alors dans le cabinet médical d’un quartier populaire. Or il nous semble désormais assez évident que certaines personnalités restent plus adaptées à des activités dites « intellectuelles » et qu’elles auront du mal à s’épanouir dans des métiers manuels aussi porteurs de sens soient-ils. Idéalement dans les nouveaux modèles de travail que nous sommes tous en train d’imaginer, tout le monde pourra trouver sa place.

Thèse de la revue

Alors que le travail reste dans nos sociétés un élément majeur pour définir qui nous sommes, nous souffrons de maux divers : chômage élevé, précarisation, perte de sens… Les auteurs nous invitent donc à un questionnement de notre modèle productiviste et consumériste. Un questionnement qui pourrait permettre de redonner de la valeur aux activités les plus utiles et qui sont trop souvent dépréciées, qui permettrait à chacun qui travaillent au bien de tous de se sentir reconnu, et enfin à tous de repenser le sens que l’on accorde à son travail.

Points clés du livre

- Pourquoi travailler ? Et si cela ne servait qu’à maintenir un niveau de vie dispendieux qui ne serait justifié que par le besoin impérieux de s’évader d’une activité vide de sens ?

- Dans leur définition, le travail devrait surtout être la possibilité de reconnaître toutes celles et ceux qui contribuent par leur activité à améliorer le bien commun… ce qui permettrait de faire revenir dans le pôle des actifs certains qui en sont normalement exclus (femmes au foyer par exemple ou encore chômeurs au service de leur entourage) et à l’inverse d’en exclure tous ceux qui finalement ne font que cumuler (des richesses notamment) pour eux-mêmes.

- Ils insistent sur la nécessité de rendre au travail sa dignité pour contrer la déshumanisation engendrée par le travail bureaucratisé. C’est en permettant à chacun de créer ou tout au moins d’utiliser sa créativité que la solution à ce problème pourrait être trouvée.

- Parce que tout n’est pas qu’une question d’argent mais que le travail constitue un élément clé du lien social, l’opportunité d’un accomplissement individuel et collectif, l’un des auteurs questionnent franchement la pertinence et l’intérêt d’un revenu de base qui ne ferait qu’enfermer les plus pauvres dans une situation où la perspective de leur propre épanouissement serait simplement enterré.

Ce que l’on a bien aimé

A peu près tous les sujets qui nous inspirent en ce moment (recherche du sens au travail, entreprises libérées, question du revenu universel, ubérisation et robotisation de l’économie,…) sont couverts dans ce numéro. La qualité des contributeurs en fait un document riche qui invite à repenser le travail au-delà même du rapport individuel que chacun d’entre nous entretient avec sa propre activité. La variété des points de vue nous encourage également à considérer la diversité des conséquences de notre modèle productiviste, dépassant les réactions simplistes.

Infos éditeur

Editeur : EDITIONS PREMIERE PARTIE
Date de publication : Octobre 2016
112 pages

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