Vers une reconversion professionnelle réussie...

Cathy,
des oiseaux, des fleurs… puis du tissu

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Cathy, cette passionnée chronique, plus particulièrement éprise d’ornithologie, de botanique et de loisirs créatifs, est devenue créatrice textile, après avoir été chargée de mission naturaliste. Ses créations Made In France sont un mélange parfait de toutes ses passions.
Entretien réalisé le 11 novembre 2016
Quels ont été votre parcours d’études et vos aspirations ?
Cathy : A l’origine, j’ai toujours été attirée par les loisirs créatifs, type dessin. J’ai fait un bac littéraire.
Au lycée, l’étude des oiseaux est devenue une passion et j’ai eu envie de faire le métier de chargée de mission naturaliste(1). J’ai alors obtenu une licence de géographie que j’ai complétée par un master en gestion de la biodiversité. Mes spécialités étaient l’ornithologie et la botanique. C’était vraiment mes deux passions, l’étude des oiseaux et l’étude des plantes.

(1) Le chargé de mission (ou d’études) naturaliste inventorie, protège et valorise les espèces animales et végétales, en milieu naturel. Pour en savoir plus, consultez la fiche métier de l'ONISEP.


Quel a alors été votre premier emploi ?
Cathy : J’ai d’abord fait un stage dans une communauté de communes à Limoges, où j’ai fait de la cartographie des habitats naturels. J’ai commencé mes recherches d’emploi en parallèle de mon stage, et donc j’ai enchaîné dès la sortie avec un poste dans un bureau d’études. Le contrat s’est finalement transformé en CDI et j’y suis restée 3 ans.

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Qu’est-ce qui vous plaisait dans ce travail ?
Cathy : Ce que j’appréciais vraiment c’était la diversité des dossiers à traiter. On pouvait aussi bien faire une expertise avant la construction d’un lotissement qu’une expertise pour la gestion d’un territoire. Mon rayon d’actions couvrait toute l’Aquitaine, donc on pouvait aborder ces sujets là dans des milieux différents. J’aimais aussi beaucoup l’échange de compétences que l’on retrouve en bureau d’études, entre chargés de missions.
Y avait-il d’autres aspects qui vous convenaient moins ?
Cathy : Comme je faisais déjà des actions bénévoles, avant mon premier stage, je savais à quoi m’attendre sur ce métier. Forcément, il y avait une certaine rentabilité à avoir, mais globalement, je n’ai pas eu de déception.
Vous avez pourtant quitté cet emploi…
Cathy : Oui, d’un commun accord avec mon patron, j’ai finalement quitté ce travail en juillet 2013. Il n’y avait pas vraiment de perspective d’évolution car c’était une petite structure. Une certaine lassitude commençait à s’installer et j’avais besoin de changement.
Que s’est-il passé ensuite ?
Cathy : J’ai commencé ma recherche d’emploi mais il n’y avait pas grand chose. Comme je n’aime pas du tout rester à ne rien faire, je réfléchissais à différentes options. A cette même période, je me suis mariée. J’ai créé moi même mon bouquet de mariée, en fleurs de tissu, et il a beaucoup plu. Même si à l’origine, je ne l’avais pas du tout fait avec une idée de business en tête et que l’idée d’avoir une entreprise ne m’attirait pas nécessairement, en voyant l’engouement autour de ce bouquet, je me suis dit « Tiens, pourquoi pas ? ».
J’ai regardé comment fonctionnait le site A Little Market et je me suis dit que c’était un bon moyen de tester, de voir si ça me plaisait de faire ça tous les jours. Je n’étais pas partie avec un plan d’actions très précis mais j’ai ouvert ma boutique sur ce site en septembre 2013 et ça m’a tout de suite plu. Je pense que c’était une évidence.

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Vous êtes ensuite passée à l’étape suivante ?
Cathy : Oui. Un copain m’a parlé d’une coopérative d’activité et d’emploi (2), ce qui permet de tester à plus grande échelle son entreprise. On devient salarié de cette coopérative, tout en ayant son entreprise indépendante, sans avoir besoin de s’immatriculer. Donc on peut tester vraiment comme si on était une vraie entreprise, mais en ayant à gérer seulement notre partie : création et développement. Ils prennent simplement un pourcentage sur les ventes. J’ai déposé un dossier et j’ai été retenue. Un mois plus tard, en février 2014, j’ai donc commencé un contrat avec eux, de 4 mois initialement que j’ai renouvelé jusqu’à 6 mois, pendant lesquels, en plus, j’ai été formée pour m’aider à me développer. Ça présentait également l’avantage d’être entourée d’autres personnes qui débutaient elles aussi, et de ne pas commencer l’aventure seule. C’était une occasion parfaite de se créer un réseau d’entrepreneurs de tous horizons. Dans la coopérative, il y en avait déjà qui travaillaient le textile, donc on a pu se retrouver entre artisans pour organiser des événements, échanger des conseils sur les marchés, les ventes en ligne,.... A la sortie de la coopérative, j’ai gardé ce réseau et c’est bien de savoir qu’en cas de souci, on peut s’appeler. C’est moins stressant. Une fois les 6 mois écoulés, je me sentais suffisamment bien pour m’envoler. J’avais envie d’y aller !

(2) Pour en savoir plus sur les coopératives d’activité et d’emploi, consultez notre « Point Focus Coopérative d’activité et d’emploi sur la colonne de droite.


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Comment a réagi votre entourage ? Vous a-t-il soutenue ?
Cathy : La coopérative, c’est le « bon plan » car ça me permettait de tester. Mon mari n’avait pas de situation stable, donc le pari était quand même assez risqué. Pour moi, comme pour mon entourage, avoir son entreprise, c’était l’idée de pleins de choses qui nous tombent sur les épaules, pleins de trucs à payer, pleins de trucs à gérer. Donc ça leur faisait peur de ne pas savoir si j’allais être capable de gérer tout ça. La coopérative a été un bon moyen de rassurer mon entourage pour leur montrer que j’y allais progressivement.
La coopérative a été un bon moyen de rassurer mon entourage pour leur montrer que j’y allais progressivement.
A quoi ressemblait votre emploi du temps pendant cette période de lancement ?
Cathy : Grâce aux formations, j’apprenais à me positionner sur mon activité et à la développer. J’échangeais avec les autres pour voir comment ils faisaient. En parallèle, je participais à des salons et je vendais aussi sur les marchés. La 1ère année d’activité, je faisais environ 70 heures de travail par semaine. L’été, je faisais les marchés du matin et ceux du soir. Et la journée, je créais. Donc c’était un emploi du temps très soutenu, mais les marchés, c’était un moyen formidable d’avoir un retour direct sur ce que pensaient les gens. Ça m’a permis de me recentrer sur ce que je voulais faire et ne pas faire, sur ce qui allait plaire aussi.

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Pouvez-vous nous expliquer un peu plus précisément en quoi consiste votre activité ?
Cathy : Je travaille le tissu. Je crée principalement des fleurs. Ça part d’une technique de pliage, un peu comme l’origami. Chaque pétale correspond à un carré de tissu, qui est plié 6 fois de suite, puis assemblé à la couture. J’en fais des accessoires de coiffure, des décorations d’intérieur, … et je développe aussi petit à petit la gamme mariage.
Où en est votre activité maintenant ?
Cathy : En 2015, j’ai créé mon site internet. J’ai maintenant le sentiment d’avoir rattrapé les wagons de retard avec lesquels on a l’impression de commencer au lancement de son activité. Actuellement, j’ai 6 mois d’avance sur les modèles qui vont sortir. Je suis déjà en train de réfléchir à ce que je ferais l’année prochaine.
Bénéficiez-vous encore d’aide extérieur ?
Cathy : Une amie qui était animatrice nature et qui s’est reconvertie en community manager m’a aidée à développer ma présence sur le net. Elle m’a permis de me concentrer sur une ligne éditoriale et une stratégie. Ça m’a obligée à encore mieux définir mon projet et ce que je voulais en faire. Le fait qu’elle aussi se soit reconvertie, ça rassure et ça motive. On se donne des conseils, c’est bien d’avoir le regard de personnes qui ont plus de recul sur notre activité. Parfois elle me dit « Attention, tu es un peu en dehors, recentre toi sur ta stratégie. » et inversement.

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Finalement, vous avez regroupé toutes vos passions en une activité, non ?
Cathy : Absolument, le choix du nom de mon entreprise n’est pas un hasard. Il relie mes trois plus grandes passions : l’ornithologie, la botanique et les loisirs créatifs.
Et financièrement ?
Cathy : L’investissement de départ (matériel, tissus…) n’était pas trop important et il s’est fait de manière progressive. Je me suis dédiée un coin de travail chez moi. Quant aux rémunérations, j’ai commencé par des petites ventes, mais il ne faut pas oublier qu’il y a des frais de déplacements, donc au début, il ne reste pas grand chose. Puis on prend de l’assurance et maintenant j’ai un peu de salaire qui tombe, mais ce n’est pas forcément l’option que je conseillerais à ceux qui cherchent à devenir riche. Encore que, certains y arrivent !
Vous êtes jeune maman, comment arrivez-vous à tout concilier ?
Cathy : Tout s’est plutôt bien goupillé car j’ai lancé mon activité avant l’arrivée de mon fils, et j’ai pu travailler non stop à ce moment là pour pouvoir développer à fonds mon projet et savoir ce qu’il pouvait donner. Maintenant, tout roule relativement bien et je suis jeune maman donc je travaille beaucoup moins mais j’y ai gagné en qualité de vie.
Ça reste toujours une passion. C’est d’ailleurs mon point faible : une fois que je suis partie dans mon atelier, je ne m’arrête plus.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre activité actuellement ?
Cathy : Tout.
Est-ce que le fait d’en avoir fait un business n’a pas altéré le plaisir que vous preniez à le faire ?
Cathy : Non non, ça reste toujours une passion. C’est d’ailleurs mon point faible : une fois que je suis partie dans mon atelier, je ne m’arrête plus. Les clients soutiennent aussi. Quand les gens reviennent, qu’on a des retours positifs, ça donne de l’énergie. Je ne fais pas non plus que des fleurs, donc ce n’est pas routinier, il y a différentes techniques de pliage. Le partage du temps, entre être derrière l’ordinateur et à la création, me correspond totalement. C’est très complet. J’ai appris principalement en autodidacte à l’aide des sites Un blog une fille et Une histoire de plumes qui m’ont beaucoup aidé. Je partais de 0. Quand j’y repense, c’était un peu fou, mais j’aime bien relever les défis.
Y-a-t-il des choses qui vous manquent de votre précédent métier ?
Cathy : La sensibilisation à l’environnement est quelque chose qui me tient à cœur et j’ai parfois le sentiment de l’avoir laissé de côté, mais qui sait ? Peut être que j’y reviendrais un jour. Maintenant en faisant du Made In France, je reste dans cette logique de revenir à quelque chose de sain, de consommer local autant que possible, d’être plus vigilant à ce que l’on fait. Cela revient finalement aussi à protéger l’environnement.
cathy-deco-table-2Je regarde toujours les offres d’emploi dans le domaine du naturalisme de temps en temps, car ça reste une passion. La sensibilisation à la protection de l’environnement me tient toujours à cœur et je suis curieuse de voir ce qu’il s’y passe. Je fais une petite veille pour voir les évolutions. Je ne me suis vraiment pas reconvertie parce que je n’aimais plus mon travail précédent, mais plutôt par nécessité par manque d’emploi dans ce domaine et aussi par envie de faire quelque chose par moi même.
cathy-deco-table-1Au moment de la reconversion, on se pose forcément la question : avoir travaillé si dur pour n’exercer que 3 ans et laisser tomber, est-ce une bonne idée ? Mais au final, je ne regrette rien de mon parcours, parce que je me passionne pour tout. En y repensant maintenant, je pense que j’ai toujours été faite pour un métier manuel mais que comme j’avais un bon niveau scolaire, cette option ne m’a pas été proposée. Mais j’ai appris pleins de choses, et je ne changerais rien à mon parcours.
En y repensant maintenant, je pense que j’ai toujours été faite pour un métier manuel mais que comme j’avais un bon niveau scolaire, cette option ne m’a pas été proposée.
Quels conseils donneriez-vous à des gens qui envisagent une reconversion ?
Cathy : Déjà, il faut s’écouter je pense. Pourquoi ne pas mettre sur papier ce que l’on a vraiment envie de faire, même si ça peut faire peur ? Il ne faut pas forcément écouter les remarques négatives des autres (ceux qui ont peur), mais au contraire s’entourer de bonnes personnes, ne pas hésiter à pousser des portes, aller voir d’autres personnes qui font déjà le métier que l’on voudrait faire, pour découvrir un peu l’environnement. Il ne faut surtout pas avoir peur de bosser énormément. Pour ceux qui veulent se lancer dans l’artisanat, je leur conseillerais de garder en tête qu’il ne s’agit pas que de créer, et que derrière il faut faire la communication, démarcher, … Ça fait appel à des connaissances que l’on n’a pas forcément au départ, mais il y a pleins de ressources sur internet. Il ne faut pas rester tout seul. Être entouré de personnes dans des situations équivalentes nous tire vers le haut. Un autre point important, c’est qu’il faut aussi savoir s’arrêter. Quand on est à son compte, c’est parfois dur, mais c’est important de se prendre un week-end sans travailler, ou une semaine de vacances. On recharge les batteries et on revient plus serein et plus sûr de soi.
L’équipe de Mon Job Idéal vous remercie beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé. Votre nature passionnée et travailleuse est une belle source d’inspiration. Nous vous souhaitons une très belle continuation et que le petit oiseau continue d’être aussi créatif encore longtemps.


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