Vers une reconversion professionnelle réussie...

Emmanuel,
de chef d’entreprise à chef cuisinier

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Après des études en marketing international et alors qu’il était co-gérant d’une société de communication digitale, Emmanuel a choisi de se diriger vers un métier manuel qui lui permettrait de voyager. Le voilà à présent chef cuisinier à Montréal, sur le point de partir sur l’île de Saint-Martin pour un nouveau défi.
Entretien réalisé le 19 octobre 2016
Quelle formation initiale avez-vous suivie ?
Emmanuel : J’ai d’abord fait un BTS Management des unités commerciales. Après j’ai travaillé un moment, j’étais responsable d’une partie d’un magasin. Puis j’ai voulu stimuler davantage mon cerveau et j’ai continué mes études, avec l’envie d’avoir une ouverture sur l’international. Donc j’ai obtenu une licence en marketing international dans une école de commerce à Strasbourg. À l’époque mon objectif était juste de trouver un boulot à l’étranger, je n’avais rien de précis en tête. L’idée c’était de voyager.
Quel métier avez-vous exercé à la suite de ces études ?
Emmanuel : J’ai été chargé d’études dans un cabinet de conseil en marketing. Ensuite j’ai travaillé en tant que chef de produits dans une société industrielle qui fabriquait des fenêtres, portes et volets. J’étais dans la division BtoB de la société. C’était très technique. J’étais sur une création d’un poste qui était destiné à un ingénieur plutôt qu’à quelqu’un qui sortait d’une école de marketing. Du coup, je passais ma vie au téléphone avec un chef de produit purement technique qui m’expliquait les caractéristiques des fenêtres.
On ne se rend pas compte, mais dans une fenêtre il peut y avoir 120 pièces et il fallait toutes les connaître. Je m’arrachais les cheveux parce que je devais coordonner ça avec des logiciels de saisie de vente de nos distributeurs. J’ai travaillé 1 an là-bas, j’ai été 9 mois malade. C’était infernal. Je passais ma vie à remplir des fichiers Excel ultra-techniques pour des produits que je ne comprenais pas. J’avais du mal à percevoir la notion de marketing dans mon travail.
Je passais ma vie à remplir des fichiers Excel ultra-techniques pour des produits que je ne comprenais pas.
Des amis de ma copine avaient monté une société de communication digitale. J’avais entendu dire qu’ils voulaient ouvrir un restaurant avec des tables tactiles, pour créer une expérience client qui soit fun. C’était un rêve que j’avais depuis tout petit, d’avoir mon propre bar, ou n’importe quel petit établissement où vendre à boire ou à manger. Je trouvais ça sympa. Donc je les ais contactés pour ça. Mais finalement, ils m’ont expliqué qu’ils cherchaient un 3ème associé. Ils avaient besoin de quelqu’un qui ait des compétences marketing et qui sache créer des offres produits et démarcher des prospects pour les vendre. Au final, j’étais allé là-bas pour ouvrir un restaurant un peu novateur et je suis reparti en devenant 3ème associé de leur société.
Qu’est-ce qui vous a plu dans cette expérience ?
Emmanuel : On étaient 3 associés très complémentaires, un directeur technique, un directeur artistique et moi qui était directeur commercial marketing. Donc ça a très vite bien fonctionné. D’ailleurs, la société existe encore et continue de se développer. Si je compare par rapport à mon expérience actuelle, je me rends compte que les horaires étaient un avantage. J’aimais aussi l’indépendance. En tant que co-gérant, je pouvais prendre mes propres décisions, je gérais mon emploi du temps comme je voulais, je ne devais quasiment rendre de compte à personne et c’était vraiment appréciable.
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Ce que je n’aimais pas du tout c’était d’avoir très souvent l’impression de perdre du temps.
Et à l’inverse, qu’est-ce qui vous dérangeait dans ce métier ?
Emmanuel : Ce que j’aimais le moins, c’était de passer trop de temps derrière mon ordinateur, de passer trop de temps en réunions. En fait, ce que je n’aimais pas du tout c’était d’avoir très souvent l’impression de perdre du temps et ce n’est pas dans ma nature de perdre du temps. Quand je voyais tout le temps que je perdais à faire des devis, ou à aller dans des réunions pour ne rien dire et juste écouter, ça me semblait inutile et superficiel. J’en avais ma claque !
Quelles étaient vos perspectives d’évolution ?
Emmanuel : J’ai toujours eu cette volonté de bouger, de partir à l’étranger, donc à l’époque j’avais proposé à mes associés d’ouvrir une filiale à Montréal. Mais ils n’avaient pas l’air de vraiment suivre. J’aurais dû tout faire tout seul, et même investir mon propre argent là-dedans. Du coup, il n’y avait pas une vraie valeur ajoutée à le faire avec eux plutôt que seul. A partir de ce moment-là j’ai commencé à me poser des questions sur mon avenir dans cette société, savoir si c’était fait pour moi.
Est-ce que c’est là qu’est née votre envie de changement ?
Emmanuel : Non. En fait, mon envie de changement est née du fait que selon moi, un gérant d’une entreprise doit savoir tout faire. Et je me sentais vraiment inutile lorsqu’on avait des deadlines qu’on avait du mal à respecter. J’aurais voulu aider le développeur à faire quelques lignes de code pour avancer. Je trouve insensé de gérer une boîte et de ne pas en maîtriser tous les aspects. Pour moi, un patron qui ne connaît pas tous les corps de métiers présents dans son entreprise, ce n’est pas un bon patron. Il ne peut pas intervenir en cas de problème. Il m’arrivait de parler avec mes employés qui développaient et de ne pas toujours comprendre. Du coup, je me suis dit qu’il fallait que je fasse autre chose dans lequel je maîtriserais tout de A à Z. Mais je n’avais pas envie de repartir sur un BAC+5 en développement informatique ou en graphisme.
Comment avez-vous mené votre réflexion à partir de là ?
Emmanuel : Avec ma copine, ce qu’on fait assez souvent, c’est que chaque fois qu’on part en vacances, on se coupe vraiment du monde. C’est à dire qu’on part et que volontairement on ne prend pas nos ordinateurs, pas nos téléphones, on ne se connecte jamais à internet et on réfléchit vraiment sur ce qui nous plaît au quotidien et ce qui nous plaît moins. On prend vraiment du recul et on fait un point. On regarde ce qu’il faut changer ou ne pas changer dans nos vies. En 2014, on est partis en vacances. J’ai réalisé que j’avais envie de faire un métier manuel. D’une part parce que j’aime bien faire quelque chose de mes mains et d’autre part parce que je déteste rester dans un bureau. A notre retour, en août, j’ai dit à mes associés que je quittais la boîte à la fin de l’année.emmanuel-plat3
Au début, j’avais pleins d’idées en tête, j’ai pensé à l’ébénisterie, au dessin, à la poterie, vraiment les métiers de l’artisanat. Mais en fait, à l’époque j’avais déjà fait mon propre site internet sur lequel je mettais des recettes de cuisine que je faisais. Je me suis dit « Tu réfléchis trop, il y a déjà quelque chose qui te plaît, regarde si tu ne peux pas continuer là dedans. » J’ai donc commencé à me renseigner pour chercher des formations et voir comment organiser tout ça.
Et alors, justement, comment avez-vous organisé tout ça ?
Emmanuel : J’ai voulu tester si ça me plaisait. Donc vers la fin de l’année, j’ai contacté quelques restaurants, à Strasbourg, je leur ai dit que je cherchais à faire des extras. Suite à quoi, la semaine je travaillais dans ma société de communication digitale, et les vendredis soirs, j’allais dans des restaus pour continuer à bosser et après j’enchainais sur les services du week-end. J’ai fait aussi beaucoup d’extras pendant le mois de décembre qui est un mois très chargé à Strasbourg, avec le marché de Noël. Il y a un gros besoin de main d’œuvre dans la restauration pendant cette période qui accueille un nombre incalculable de touristes. C’était du travail de commis car je n’avais encore pas de formation et pas d’expérience. Et ça, je le faisais en parallèle du travail dans mon entreprise.emmanuel-plat1
Et donc le métier vous a plu ?
Emmanuel : Oui ça me plaisait bien. Je trouvais ça fatiguant mais c’est aussi parce que je travaillais encore dur pour ma boîte donc c’était assez contraignant. Mais sinon, globalement, ça me plaisait bien. J’avais été clair avec mes associés, je leur avais annoncé que je partais parce que j’avais envie de travailler en tant que chef à domicile.
Et quelles ont été leurs réactions ?
Emmanuel : Ils n’y croyaient pas. Ils étaient surpris parce que la boîte commençait à bien tourner et ils ne s’attendaient pas à ça. Mais bon, c’était mon choix.
La fin de l’année est donc arrivée…
Emmanuel : Oui, et donc comme prévu, j’ai quitté ma boîte après y être resté 3 ans et ½, et j’ai commencé la formation que j’avais trouvée, à l’AFPA(1) de Mulhouse. Trouver une formation avait été assez simple mais ce qui a été dur c’était ce que ça impliquait pour notre quotidien. 2015 a été une année assez particulière. Quand j’ai quitté ma boîte, en tant que travailleur non salarié je ne savais pas si j’avais droit aux ASSEDIC ou pas. Financièrement il fallait qu’on s’organise donc on est passés d’un appartement 5 pièces dans le centre-ville de Strasbourg à un 2 pièces dans un petit village aux alentours. Ça nous a fait drôle. Comme ma formation se passait à Mulhouse ma copine était seule du lundi au vendredi. Je ne rentrais que le week-end. En plus, elle était enceinte. Donc, on a eu beaucoup de changements assez radicaux en très peu de temps. En 2015, je change de métier, je deviens père et quelques mois après on part s’installer au Canada.

(1) L’AFPA, l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes, est le premier organisme de formation professionnelle qualifiante. Pour en savoir plus, consultez notre « Point Focus AFPA » sur la colonne de droite.


Elle aussi s’était déjà reconvertie.
Elle était passée des Ressources Humaines au métier d’infirmière donc elle comprenait très bien la démarche.
Comment votre compagne a-t-elle réagi à tout ça ?
Emmanuel : Elle voyait que j’avais l’air de savoir ce que je voulais et elle avait bien vu que je m’ennuyais terriblement dans ce que je faisais. En plus, elle aussi s’était déjà reconvertie. Elle était passée des Ressources Humaines au métier d’infirmière donc elle comprenait très bien la démarche. D’ailleurs ce qui est marrant c’est que l’on s’est rencontrés en école de commerce mais qu’au final, ni elle ni moi n’avons un métier en rapport avec ces études. Comme elle avait déjà fait une reconversion, elle m’a encouragé. A l’époque, on avait 3 projets : ma reconversion professionnelle, avoir un enfant et partir à l’étranger. On en rigolait en se demandant comment on allait bien pouvoir organiser tout ça. On voulait laisser les choses venir et voir, et je sentais que tout arriverait d’un coup. Ça n’a pas manqué ! Mais on s’est organisés et ça s’est bien passé.

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Pouvez-vous nous parler un peu plus de votre formation ?
Emmanuel : Je voulais quelque chose de concret et j’en ai été très content. On passait 90% de notre temps en cuisine, à apprendre les bases de la cuisine française. Comment faire des ragoûts, comment faire des sauces, les différents types de cuisson,… un peu de pâtisserie… tout était condensé sur 8 mois. Il fallait vraiment être concentré mais j’ai vraiment beaucoup apprécié. Il y avait beaucoup de profils différents parmi les étudiants. La majorité était envoyée par Pôle Emploi parce qu’ils ne trouvaient pas de travail mais il y avait aussi 2-3 autres personnes qui voulaient se reconvertir.
En fait, en tant que cuisinier, j’aurais pu trouver du travail sans avoir de formation mais j’avais envie d’accélérer les choses. Tout de suite après la formation, j’ai commencé mon premier boulot. C’était dans un restaurant qui faisait une cuisine du marché, avec des produits frais, et je me suis retrouvé seul en cuisine. Il y avait des choses que je ne savais pas encore faire. Je manquais d’expérience et je remplaçais un type qui avait 10 ans de métier. C’était beaucoup de boulot et beaucoup de stress, mais c’était marrant. Je n’y suis resté que 2 semaines mais c’était une bonne première expérience. Ensuite, j’ai travaillé 3 mois dans un autre restaurant où un nouveau chef venait d’arriver et m’a laissé beaucoup de liberté. On faisait la carte ensemble et ça me faisait vraiment plaisir de pouvoir proposer mes propres entrées ou desserts. Comme j’ai pas mal voyagé et que j’aime la cuisine asiatique, j’ai pris pour habitude de substituer des produits par d’autres. Mon chef voyait que j’avais des idées et que je faisais des associations auxquelles il ne pensait pas. Il me faisait confiance. Je manquais de technique et encore d’expérience mais on partageait beaucoup et c’était chouette.
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J’ai aussi choisi ce métier parce que des cuisiniers on en a besoin un peu partout dans le monde, et je voulais un métier qui me permettrait de voyager.
Pourquoi en être parti alors ?
Emmanuel : Parce qu’on avait toujours notre troisième objectif qui était de partir à l’étranger. On a décidé de partir au Canada. J’ai aussi choisi ce métier parce que des cuisiniers on en a besoin un peu partout dans le monde, et je voulais un métier qui me permettrait de voyager. Ma copine avait aussi envie de partir et même si notre fils était encore jeune, on s’est dit que c’était le bon moment. On est donc partis en tant que touristes et une fois arrivés à Montréal, j’ai cherché un employeur qui accepte de faire les démarches d’immigration pour que je puisse travailler. J’ai trouvé au bout de 2 jours et tout juste 5 CV distribués. Il y a une pénurie de main d’œuvre qualifiée au Québec. Ils ont vraiment besoin de cuisiniers. Mon nouvel employeur avait l’habitude de faire ce genre de démarches et ça n’a pris que 3 semaines, après lesquelles j’ai pu commencer à travailler. C’était un restaurant très réputé et l’expérience a été intense mais bien. J’étais chef de partie sur ce qu’on appelle la ligne chaude. Je m’attendais à être commis et je ne comprenais pas ce que je faisais là. Je me souviens qu’à la fin de la première semaine, je suis allé voir mon chef et je lui ai demandé pourquoi j’étais à ce poste face à des collègues qui avaient souvent 10 ans d’expérience et dont certains étaient même passés chez des grands chefs étoilés. Il m’a répondu que j’étais plus âgé que d’autres, que je devais être un peu plus stable, un peu plus rigoureux. C’est ce qui a fait la différence. Il sentait aussi que j’étais motivé.
C’est aussi ce que j’aime avec ce métier, c’est que ça va vite.
Du jour au lendemain ou même dans l’heure, tu peux trouver un travail.
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Vous êtes à 15 jours de partir vous installer sur l’île de St Martin, que s’est-il passé ?
Emmanuel : Même si cette expérience était super, le rythme de travail n’était pas compatible avec une vie de famille. Je passais ma vie au boulot, je ne voyais quasiment pas ma copine ni mon fils. Mes jours de congés étaient aléatoires. J’ai regardé pour changer de boulot. Trouver un nouvel emploi était facile, mais comme mon visa de travail était rattaché à ce restaurant, j’ai dû faire une demande de changement d’employeur, auprès du gouvernement canadien, mais ça n’a pas abouti. On s’était dit que si la demande de changement de visa ne passait pas, on partirait vers une autre destination. J’ai répondu à une offre à Saint-Martin et ils m’ont fait une proposition pour un job là-bas. C’est aussi ce que j’aime avec ce métier, c’est que ça va vite. Du jour au lendemain ou même dans l’heure, tu peux trouver un travail. Quand ils ont besoin de quelqu’un, ils en ont besoin tout de suite. Si ma prochaine expérience n’était toujours pas compatible avec le rythme de vie que je souhaite, je changerais. A terme, j’aimerais travailler à mon compte donc je me dis que plus je travaille dans des endroits différents, mieux c’est. Je cumule des expériences. Je garde toujours en tête mon idée de départ qui est d’avoir ma propre affaire, mais je ne suis pas pressé.
Que vous a apporté votre première expérience professionnelle, qui vous sert maintenant ou vous servira par la suite ?
Emmanuel : Dans les cuisines, pour donner des directives à quelqu’un, j’utilise la diplomatie que mes premières études et mon premier métier m’ont enseignée. Je suis plus à l’aise pour aborder certains cas de figure. Si demain j’ouvre un restaurant, je saurais communiquer dessus, gérer des campagnes sponsorisées sur les réseaux sociaux, faire mon propre marketing, mon propre site internet. En tant que gérant, j’ai aussi appris à faire de la gestion, de la comptabilité, pleins de choses qui m’aideront pour la suite.
Il faut savoir, des fois, se détacher de son quotidien pour vraiment prendre du recul et voir si tout va comme on se l’imaginait.
Avez-vous des conseils à partager ?
Emmanuel : J’incite toujours les gens à se mettre dans des situations dans lesquelles ils peuvent prendre du recul, à faire un break le temps d’un week-end, d’une semaine ou d’un mois, pour vraiment réfléchir à ce qu’ils font et voir si leur quotidien leur convient. Il faut savoir, des fois, se détacher de son quotidien pour vraiment prendre du recul et voir si tout va comme on se l’imaginait. C’est le seul conseil que je donnerais, parce qu’après de toute façon, si tu es motivé, tu t’organises. Je pense que beaucoup de gens décident de se reconvertir, mais trop vite, sans réfléchir. J’ai vu plusieurs personnes dans mes anciennes expériences qui décidaient de se reconvertir et de tout de suite monter une société. Dans la plupart des cas ils se sont plantés parce qu’ils voulaient aller trop vite et même s’ils avaient des qualités pour faire ce qu’ils voulaient faire, ils n’appréhendaient pas la chose de la bonne manière.
L’équipe de MonJobIdéal vous remercie pour vos conseils avisés et notamment celui des vacances déconnectées comme moyen de retrouver ses priorités. Nous vous souhaitons de merveilleuses aventures à Saint-Martin et ailleurs, et qui sait, peut-être un jour à la tête de votre propre établissement.


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