Vers une reconversion professionnelle réussie...

Marie-Laure,
l’écriture comme outil de transmission

 

Après plusieurs années en tant que juriste, Marie-Laure a reconsidéré la priorité de ses valeurs. Son besoin de transmettre, allié à son goût de l'écriture, l’ont alors poussée à devenir écrivain public.

Entretien réalisé le 16 décembre 2016
Pouvez-vous nous parler de votre parcours initial, de vos premières aspirations professionnelles ?
Marie-Laure : La justice et aider les autres étaient deux valeurs importantes pour moi. C’est ce qui m’a motivée dans le choix de mes études. Cela a été assez évident et j’ai suivi un cursus juridique. J’ai fait une maîtrise de droit privé et ensuite, comme je voulais vraiment aller vers l’humain, je me suis spécialisée en droits de l’homme avec l’idée d’aider l’autre. J’ai obtenu un Master 2 (BAC+5). Dès que j’ai commencé à travailler, je me suis dit que j’exercerai cette profession une dizaine d’années et qu’après je changerai d’orientation. J’avais envie que le contact avec les autres puisse se faire au-delà des problèmes de droit, que ce soit plus complet, au niveau de la personne en général. Pour moi, c’était assez clair, pour autant, je ne savais pas encore ce que je voudrais faire après.
Dès que j’ai commencé à travailler, je me suis dit que j’exercerai cette profession une dizaine d’années et qu’après je changerai d’orientation.
Comment s’est passée votre entrée dans la vie active ?
Marie-Laure : A la fin de mes études, à 22 ans, j’ai d’abord travaillé à la cour d’appel, puis chez un notaire, et enfin dans une association où je suis restée 7 ans. J’y faisais du conseil juridique aux particuliers et administration, je couvrais tous les problèmes liés au logement. Je renseignais aussi bien les personnes sans logement que celles qui souhaitaient emprunter pour acheter. C’était assez varié, cela m’a permis de rencontrer tout type de population, du propriétaire immobilier au locataire, en passant par la personne en centre d’hébergement. J’avais beaucoup de rendez-vous en face à face ou par téléphone. Ce contact avec le public me plaisait.
J’ai eu un problème de santé, qui m’a poussée à recalculer mes valeurs. Ma plus forte valeur qui au départ était la justice, est devenue la transmission.
Pourquoi ne pas y être restée ?
Marie-Laure : Entre temps, j’ai eu deux enfants. Puis j’ai eu un problème de santé, qui m’a poussée à recalculer mes valeurs. Ma plus forte valeur qui au départ était la justice, est devenue la transmission. J’avais réalisé que je n’étais pas éternelle et que j’avais beau avoir 30 ans, je pouvais disparaître du jour au lendemain. Cette nouvelle évidence a bousculé ma vie. J’avais besoin de transmettre mes valeurs à mes enfants mais aussi d’être un outil de transmission pour, quelque part, remettre du lien entre les gens. Comme j’avais toujours cette idée de reconversion professionnelle en tâche de fond, je me suis intéressée au métier d’écrivain public / biographe. Biographe, dans le sens où l’on va collecter les souvenirs de quelqu’un au sein d’un livre, et les restituer à la famille ou de manière plus large. Sans être une vie complète, ça peut être une expérience de vie que l’on a envie de partager pour inspirer d’autres personnes, pour diffuser ce qui nous anime, des expériences de vie. En tant que juriste, j’utilisais l’écriture au quotidien, donc le métier d’écrivain public correspondait bien à mes compétences.

Mais comment avez-vous eu l’idée de ce métier, pas si connu ?
Marie-Laure : J’avais entendu parler de ce métier, environ 7 ans avant et j’avais trouvé ça génial. Pour autant à l’époque, je ne me serais pas décidée à le faire. C’était un peu une graine qui avait été plantée et qui a poussé après. Entre temps, j’avais acquis plus d’aisance du fait de mon métier, pour être prête à prendre des responsabilités. Je pense que ce temps-là était nécessaire aussi. Se lancer tout de suite tout seul n’est peut-être pas évident. Par contre, il me semble plus facile de le faire une fois que l’on a un bagage, plusieurs expériences dans des structures différentes. Il est important aussi de savoir s’organiser connaître ses qualités et celles qu’il faut développer… A ce moment de ma vie, c’était clair, je savais comment je fonctionnais, comment il fallait que je travaille, ce qu’il fallait que je développe. Donc c’était le bon moment. Et puis j’ai rencontré une maman à l’école où sont mes enfants, qui est biographe. Nous en avons discuté. Je me suis dit « C’est possible ! » Cela m’a permis de passer plus facilement à l’action. Comme mes enfants sont relativement petits, c’était aussi la bonne période pour moi pour changer, si le démarrage était un peu lent, ça me donnait du temps pour eux. Je me suis organisée aussi par rapport à ça. D’ailleurs, comme j’avais des gros frais de garde à l’époque, je ne prenais pas un gros risque financier. Travailler à mon compte m’a permis de réduire considérablement ces frais. Mon activité pouvait donc être rentable même avec des revenus inférieurs à mon salaire précédent.
Donc une fois la décision prise, comment avez-vous enclenché ce changement ?
Marie-Laure : J’ai choisi une formation par correspondance, avec le CNED. La formation dure le temps que l’on veut, mais comme il y avait beaucoup de choses que je connaissais déjà, c’est allé assez vite. J’ai mis un bon coup de boost et je l’ai faite en moins de 6 mois. Je n’avais pas encore quitté mon travail auprès de l’association, donc je travaillais mes cours les soirs et les week-end. Comme j’étais sur un contrat à 80%, j’avais aussi mes lundis que je consacrais à ma formation. Quelque temps avant je n’aurais pas forcément eu le courage, mais là, c’est comme si c’était arrivé au bon moment et je l’ai fait sans me poser trop de questions. Je me suis dit « J’y vais, au pire, j’ai un diplôme en plus ! ». Il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme pour exercer le métier d’écrivain public, donc j’aurais pu faire sans, mais il m’a permis de me sentir légitime au début de mon activité.
Qu’avez-vous fait une fois votre diplôme en poche ?
Marie-Laure : A la fin de ma formation, j’ai demandé un congé création d’entreprise, qui m’a été accordé. Cela permet de prendre un congé d’un an, renouvelable une fois, et de réintégrer l’entreprise si on le souhaite. Ce congé est une sécurité car il permet de garder le statut de salarié et de reprendre son poste si nécessaire. C'est en quelque sorte un filet de sécurité.
Mon entourage m’a soutenue et n’a pas témoigné d’inquiétude particulière. Cela s’est fait assez naturellement. Peut être que c’est parce que de mon côté, j’avais réfléchi avant d’en parler.

Vous lancer à votre compte impliquait également d’autres activités que l’écriture, au départ…
Marie-Laure : Je m’étais fait un calendrier de toutes les démarches à faire, avec notamment le site internet, l’inscription en tant qu’auto-entrepreneur…
Donc au début, le gros travail a été la création du site internet, j’ai choisis de la faire moi-même par le biais de WordPress. Sur Internet, on trouve des tutoriels assez facilement. Cela n’a pas été évident au début, il m’a fallu un temps pour comprendre le fonctionnement de la plateforme. Mais en même temps, je trouve ça tellement agréable de le faire par soi-même, il y a le plaisir du résultat, et on est en mesure de le modifier seul. Et puis financièrement, le faire faire, représente un coût assez élevé. J’ai acheté une petite formation en ligne sur https://tuto.com et cela m’a suffi. Je me suis aussi intéressée au référencement parce que c’est vrai que c’est un point incontournable. J’avais acheté un gros guide du référencement SEO de 400 pages, mais finalement, en regardant des tutoriels en ligne, on trouve pas mal d’infos.
Avant de me lancer, j’avais contacté, soit par mail, soit par téléphone, des personnes qui exerçaient ce métier là.
Est-ce que vous vous attendiez à devoir faire tout ça ?
Marie-Laure : En fait, j’avais lu des interviews sur internet de personnes qui s’étaient lancées dans le même domaine [GRAND SOURIRE], donc j’arrivais à voir à peu près ce qui m’attendait. C’est vrai qu’internet facilite beaucoup les démarches, parce qu’on peut échanger avec des personnes qui ont des parcours similaires. Bénéficier de l’expérience des autres permet d’apprendre plus vite. Avant de me lancer, j’avais contacté, soit par mail, soit par téléphone, des personnes qui exerçaient ce métier là. Je leur ai demandé comment ça s’était passé pour eux au début, si c’était possible d’en vivre... J’avais été assez bien accueillie puisque je crois que j’avais du contacter 5 ou 6 personnes et j’avais eu 4 réponses. Il en était ressorti qu’il y a des personnes qui arrivent très bien à en vivre et d’autres qui restent plus sur une activité à mi-temps. Je pense que ça dépend pas mal du lieu où l’on exerce et de la communication qui est faite. Je me suis dit « il faut tester ».
J’ai trouvé cela passionnant et je ne voyais pas le temps passer.
Comment s’est ensuite passé votre premier contact avec votre nouveau métier ?
Marie-Laure : A la suite de ma formation, et après avoir fini mon site internet, j’ai réalisé une biographie gratuitement, pour me faire une première expérience. Le contact s’est fait par connaissances interposées, c’était une personne qui a une vie assez riche et qui avait déjà écrit deux livres. Pour une biographie, cela l’intéressait d’avoir l’interface de l’écrivain. Nous nous sommes lancés dans le projet en février et le livre a été publié en juin. Tout c'est fait naturellement. Il s’agissait vraiment d’écouter l’autre pour faire un écrit qui soit fidèle et respectueux. Nous retravaillions certains passages ensemble, l’idée est que cela corresponde vraiment à l’autre. Dans mon premier métier, l’écoute était également essentielle. J’ai trouvé cela passionnant et je ne voyais pas le temps passer. Quand je réécrivais le récit, c’était des moments agréables.
Comment avez-vous ensuite trouvé votre premier travail rémunéré ?
Marie-Laure : Mon site Internet a été assez efficace pour trouver les premiers clients. Je m’étais également inscrite sur les pages jaunes, j’ai eu pas mal de personnes par ce biais. Au début, j’ai réalisé des CVs. J’ai également aidé des étudiants pour la constitution de leurs dossiers, des lettres de motivation aussi bien pour des emplois que pour rentrer dans une école… Pour tous ces travaux, j’avais vraiment choisi comme angle de découvrir l’autre, le faire parler de lui et mettre en évidence toutes les qualités, de la cohérence dans les parcours, car il y en a toujours. Il faut juste gratter assez pour arriver à mettre en valeur. Ça m’a beaucoup plu. Il y avait le côté découverte de l’autre et puis il y a un soutien qui se met en place, parce que le regard bienveillant de l’écrivain public dans le cadre d’une recherche d’emploi est très important. C’était l’occasion de remettre de l’humain dans un processus qui est parfois dévalorisant. Il m’arrivait de rencontrer les gens ou de les aider à distance, selon les souhaits de chacun.
Ensuite, j’ai fait la rédaction du site internet d’un photographe. Là aussi, il faut vraiment découvrir l’approche de l’autre et respecter son univers.
Je travaille aussi pour des mairies et CCAS (Centre Communal d’Action Sociale). Prochainement, j’ai une permanence qui va se mettre en place, je vais intervenir deux fois par mois dans un centre social pour aider les gens de la commune avec différents travaux d’écriture.
Est-ce que c’est vous qui les avez démarché ?
Marie-Laure : J’effectuais déjà des permanences dans mon précédent travail, mais sur un volet juridique. Donc j’avais déjà cette expérience et j’ai prospecté les mairies où il n’y avait pas encore de permanences d’écrivain public.
Tout semble avoir été très fluide, est-ce que vous avez eu des périodes de doutes ?
Marie-Laure : J’ai toujours eu des contacts et du travail. Après, je pense que le doute, est important, c’est un moteur. S’il n’est pas paralysant, il peut être source de créativité pour aller développer d’autres choses et ne pas se reposer sur ses acquis. C’est un métier où il faut démarcher tout le temps, se faire connaître, développer différents partenariats.
Au niveau de la cellule familiale, je pense que tout le monde est plus détendu et les enfants sont contents.
Est-ce qu’il y a des aspects qui vous plaisent moins dans ce nouveau job ?
Marie-Laure : Je suis très contente de la liberté que ça m’a apportée, au niveau de l’organisation notamment. Le seul inconvénient est l’incertitude au niveau des revenus. Il n’y a pas de congés payés. Et en même temps, comme j’ai plus de flexibilité pour m’organiser, ça s’équilibre. J’ai par exemple choisi de travailler les samedis mais en revanche je peux arriver à me rendre plus disponible pendant les vacances scolaires. Pour l’instant, j’y trouve mon compte. Au niveau de la cellule familiale, je pense que tout le monde est plus détendu et les enfants sont contents. Je les récupère tous les midis et on échange beaucoup pendant ce temps calme à la maison. C’est un confort au niveau de l’organisation. J’ai des plages horaires où je reçois les personnes, mais le reste du temps je suis complètement libre de mes horaires. Avec des petits, c’est quand même appréciable.
Est-ce qu’il y a des éléments de votre ancien travail qui vous manquent ?
Marie-Laure : Pas forcément. Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu mes collègues, car je suis restée en lien avec eux. Comme je suis en contact direct avec les personnes, je ne suis pas en manque de relations.
Votre premier métier vous a-t-il été utile dans cette nouvelle carrière ?
Marie-Laure : Mon expérience de juriste m’a donné une bonne connaissance de tout ce qui est administration. Comme l’écrivain public est amené à faire des courriers pour d’autres personnes, il faut quand même avoir des bases solides à ce niveau. Cela demande de l’entraînement. Dans mes précédents emplois, j’avais été amenée à écrire beaucoup de courriers, donc ça m’a donné une aisance que je n’aurais pas eue sinon. Ça m’a aussi apporté une maturité dans le rapport à l’autre. Quand on reçoit quelqu’un qui a un problème, il faut savoir le prendre sous le bon angle, par exemple savoir accepter qu’une personne puisse être en colère et que ce soit pas dirigé contre nous. Le fait de l’accepter dénoue les tensions et rend la communication plus facile.
Quels sont vos projets actuels et futurs ?
Marie-Laure : Je suis actuellement sur l’écriture de deux autres biographies. J’accompagne aussi quelqu’un dans l’écriture de ses récits de voyage. Je fais également des relectures de manuscrits, de romans. Là il y a tout le côté technique d’écriture qui est sympa. Je mène des missions aussi diversifiées qu’épanouissantes. Dans un avenir proche, j’aimerais bien mettre en place des ateliers d’écriture en ligne. Il y a beaucoup de gens qui ont cette envie d’écrire et qui, quelque part, ne s’autorise pas. C’est pourtant une super manière de se poser, de prendre un temps pour soi. Dans ce monde où tout va très vite, le fait d’écrire pousse à une certaine introspection, un peu comme avec la méditation. Il faut juste s’autoriser. A travers les ateliers d’écriture, j’aimerais rendre plus facile le fait de commencer, de se décider à écrire, tout en donnant une direction. C’est un projet que j’aimerais mettre en place en 2017.
Pour moi, la valeur, c’est le moteur de ce que l’on entreprend.
Quels conseils pourriez-vous donner à des gens qui envisagent une reconversion professionnelle ?
Marie-Laure : Je crois vraiment que pour que tout se passe facilement, il faut que le projet soit rattaché à une valeur. Pour moi, la valeur, c’est le moteur de ce que l’on entreprend. Se reconvertir est une formidable opportunité d’être plus aligné dans sa vie professionnelle avec ce en quoi on croit vraiment au plus profond de soi, avec tout ce qui est vraiment important pour nous. Je suis arrivée à un moment de ma vie où c’était la transmission qui était devenue cette valeur avec laquelle m’aligner. Et il y avait aussi la dimension familiale qui avait pris plus de place qu’à la sortie de mes études. La biographie, c’est transmettre à sa famille. Pour moi, ça a vraiment été un moteur et ça m’a donné l’énergie d’entreprendre, d’aller vers l’inconnu. Se raccrocher à cette valeur, permet de ne pas s’arrêter aux obstacles, car finalement, on voit plus loin. Les choses se font plus facilement. S’il n’y a pas ça, c’est là où l’on peut buter, remettre les choses au lendemain au lieu d’être dans l’action. Il faut, à mon sens, vraiment partir de la question « Qu’est-ce qui est important pour moi aujourd’hui ? Et quelle activité pourrais-je développer autour de ça ? ».
Est-ce que vous continuez de faire des ajustements selon vos valeurs justement ?
Marie-Laure : Oui, je pense que cela évolue tout le temps, puisque la vie évolue. C’est aussi pour ça que je me suis toujours dit que je changerais de carrière à un moment donné. Il est important pour moi de continuer à me former en communication, notamment en PNL (Programmation Neuro Linguistique) par exemple, ce sont des choses que l’on retrouve dans l’écriture. J’aime beaucoup tout ce qui se rapporte au développement personnel et les livres en sont un formidable vecteur. Je suis, d’ailleurs en train de mettre en place des partenariats autour de l’écriture de livres axés sur le développement personnel. Finalement, on se réaligne constamment avec qui l’on est et ce que l’on aime.
Se raccrocher à cette valeur, permet de ne pas s’arrêter aux obstacles, car finalement, on voit plus loin.
L’équipe de Mon Job Idéal vous remercie pour le temps que vous nous avez consacré. Vos conseils sont précieux et nous vous souhaitons de beaux projets à venir et de toujours restée connectée à vos valeurs.


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